Lundi 14 décembre 2009
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Rapport n° 177: Réorganisation des services de la
Ville de Marseille "Préparer demain ensemble"
par Joël DUTTO
Monsieur le Maire et Cher(e)s Collègues,
« Préparer ensemble demain », tel est l’objectif annoncé avec la réorganisation administrative des services municipaux, comment pourrait-on ne pas partager une volonté de faire évoluer et
moderniser ceux-ci afin qu’ils soient toujours mieux à même de répondre aux besoins des administré(e)s et placer de ce fait le citoyen au centre des préoccupations de tous ?
Vous indiquez également dans le rapport vouloir « réduire l’effet de dilution des fonctions supports dans les directions opérationnelles ».
Pourquoi pas ? Oui, pourquoi ne pas rechercher une plus grande efficacité et, par là-même, considérer, que le service public territorial s’appuyant sur des agents statutaires, bien formés,
reconnus et associés aux choix de gestion, est bien l’outil moderne qui peut mener dans la proximité les missions qui sont celles d’une collectivité et qu’attendent les citoyens.
Notre propos ne portera pas sur le nombre plus ou moins grand de directions, certes cela n’est pas neutre et aucune organisation administrative n’est neutre, elle correspond toujours à une
vision, un objectif politique, il en est de même pour celle que vous nous proposez.
Je ferai simplement quatre courtes remarques, la première sur la notion d’une organisation qui permettrait « de retrouver des marges de manœuvres ». S’il s’agit de mutualiser les moyens pour plus
d’efficacité, cela relève d’une gestion de bon sens qui aurait dû être au cœur de l’organisation des services depuis bien longtemps sans que cela nécessite un vote des élu(e)s. Mais, nous pensons
qu’il s’agit, à l’évidence, de la mise en œuvre à marche forcée de la Révision Générale des Politiques Publiques et d’inscrire localement la politique de réduction drastique de fonctionnaires
telle qu’elle a été annoncée dans la loi de programmation budgétaire et que vous avez, Monsieur le Maire, avec vos amis politiques approuvé et défendu.
Alors vous allez nous dire : « Vous voulez toujours plus, et avec quel argent vais-je le faire ?» Il ne s’agit pas de toujours plus, il s’agit de se donner véritablement les moyens d’une
politique municipale ambitieuse, tournée vers le plus grand nombre. Ce n’est pas, en l’occurrence, de marges de manœuvre dont Marseille a besoin, mais de ressources financières à la hauteur des
enjeux. Or vous avez voté la réforme de la taxe professionnelle, fondement de la fiscalité locale et de la participation des entreprises au fonctionnement des collectivités.
Cette Réforme transfère, uniquement, sur les contribuables la charge du fonctionnement de la vie locale et en la votant, vous avez fait le choix de réduire les moyens dont Marseille a besoin pour
un développement socio-économique harmonieux. Ma deuxième remarque porte sur l’idée de la proximité, il s’agit là d’une Lapalissade. Comment une municipalité pourrait-elle répondre aux besoins de
ses administrés autrement que par la proximité ? Il semble que vous soyez obligé de le réaffirmer. Est-ce une façon de reconnaître que, dans ce domaine, vous n’étiez pas au niveau nécessaire
?
Mieux vaut cela que de persister dans une mauvaise voie, mais là encore comment ne pas être pour le moins interrogatif face à une volonté annoncée qui est contredite par un projet de réforme
territoriale qui sous la base d’arguments de mauvaises fois, comme celui du millefeuille, vise en réalité à éloigner les citoyens des lieus de décisions.
De quelle proximité parle-t-on lorsque
l’objectif est de réduire le nombre d’élus, de concentrer les pouvoirs et de supprimer la clause de compétence générale des collectivités ? Ma troisième remarque porte sur la conception d’un mode
de management qui se dessine et les mots utilisés. Sans faire de procès d’intention, nous retrouvons une conception qui est celle des entreprises privées, où derrière le mot-performance il y a
profit à tout prix, et pression psychologique permanente sur les salariés ; derrière valeur ajoutée, il y a l’exploitation renforcée ; derrière compétence propre il y a parcellisation du travail, individualisme et jugement au mérite, notion complètement galvaudée et utilisée pour humilier les
salariés.
Cette méthode de management a conduit à la situation que nous connaissons à France Télécoms et plus
généralement dans un grand nombre d’entreprises en France. Elle résonne comme un échec humain, social et économique, prenez garde de ne pas aller sur un chemin dont le prix à payer serait trop
lourd.
Je sais vous allez dire : « M. Dutto exagère, il n’est pas dans notre intention de mettre en oeuvre une organisation qui conduirait à une telle situation » mais il y a toujours en politique comme
dans la vie : les paroles et les actes.
Nous demandons à voir et en attendant permettez-moi, Monsieur le Maire, d’avoir la prudence d’appliquer le principe de précaution.
Enfin, dernière remarque, il nous semble que pour réussir une réorganisation qui affiche l’ambition de proximité, service public, efficacité, il n’est pas inutile de prendre le temps nécessaire
de travailler avec les partenaires sociaux. De ce point de vue, l’ensemble des organisations syndicales considérant que le compte n’est pas. Si l’enjeu de cette réorganisation est telle pour
l’avenir de notre ville alors il faut déposer le caractère médiatique et y associer au travers de leurs organisations syndicales, les agents de la collectivité qui en seront les premiers
acteurs.
À ce jour, cela n’est pas le cas. Ayez la sagesse, Monsieur le Maire, de retirer ce rapport de l’ordre du jour. En l’état, nous ne pouvons le voter.
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